Bilan SNEP 2025 : dix ans, un milliard, et l’électronique française qui brille là où on ne l’attend pas
Le bilan SNEP 2025 vient de tomber : un milliard d’euros et une décennie de croissance ininterrompue. L’électronique française n’y domine pas les charts — mais elle tient un rôle stratégique que les chiffres confirment discrètement.
Le marché de la musique enregistrée en France atteint 1,071 milliard d’euros en 2025, en hausse de 3,9 %. C’est la dixième année consécutive de croissance. En tête des classements, sans surprise, le rap et la pop se partagent le terrain — chacun représente un tiers de la consommation totale en streaming. GIMS, JUL, Werenoi, Damso trustent le top 20 albums. L’électronique, elle, n’y figure pas vraiment. Et ce serait mentir que de prétendre le contraire.
Mais les chiffres racontent aussi une autre histoire, moins visible, plus intéressante.
Le vinyle explose. Avec 113 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de presque 15 %, le 33 tours dépasse le CD en valeur pour la première fois depuis les années 80. Et ce marché-là, historiquement, c’est celui de la culture électronique. Des éditions collector aux pressages indépendants, la scène a toujours su faire du disque un objet désirable. Caravelle de Polo & Pan certifié platine, Discovery de Daft Punk et Random Access Memories qui se maintiennent année après année dans le top 100 vinyles — le format résiste, et l’électronique en est l’un des moteurs silencieux.
À l’export, c’est encore plus frappant. Polo & Pan ont classé leur album numéro un sur la radio culte KCRW de Los Angeles et joué un Hollywood Bowl sold-out. Vendredi sur Mer cumule 385 millions de streams mondiaux, dont 80 % hors de France, et cartonne en Asie du Sud-Est. Lewis OfMan a transformé un titre de 2021, Siesta Freestyle, en phénomène viral aux États-Unis et au Mexique avec plus de 200 millions de streams. Air, eux, ont bouclé 128 dates sur cinq continents pour les 25 ans de Moon Safari. La French Touch nouvelle génération ne domine peut-être pas Spotify France — mais elle fait trembler Coachella, Los Angeles et Shanghai.
En France, quelques signaux positifs méritent d’être notés. Nightcall de Kavinsky, en collaboration avec Angèle et Phoenix, s’est glissé dans le top 200 singles streaming. Bleu Soleil, eux, sont l’un des rares projets électroniques français à apparaître dans le top 200 albums 2025 — leur titre Soleil Bleu en collaboration avec Luiza s’est même invité dans le top 100 radio, une performance rare pour un son aussi ancré dans l’électronique. Le freemium audio progresse de 12 % — c’est là que se font les découvertes, les premières écoutes, les coups de cœur nocturnes sur une playlist contextuelle. C’est exactement le terrain où une musique atmosphérique et bien placée peut construire une audience durable.
Le bilan SNEP 2025 ne consacre pas l’électronique française sur le podium des charts. Mais il dessine en creux le portrait d’une scène qui sait exactement où elle excelle : le vinyle, l’export, la longue traîne du streaming. Trois territoires où construire une carrière, et les tenir dans le temps.